mercredi

Chapitre 14 - YOU CAN'T PUT YOUR ARMS AROUND A MEMORY - extraits


  "Une bouteille de vodka plus tard, en majeure partie éclusée par moi, nous sommes en pleine phase de dénigrement des mecs, nous critiquons leur égoïsme, leur lâcheté, leur mauvaise foi... Je tente d'anesthésier ma douleur dans l'alcool mais je m'aperçois qu'il la rend plus vivace ; de surcroît, je réussis à me rendre malade, je sens mon estomac se retourner et n'ai que le temps de foncer aux toilettes pour dégueuler. Je passe une nuit d'enfer chez Rachel, à vomir mes tripes, à grelotter, fiévreuse, sous ma couverture. Au matin, je suis ratatinée comme une vieille serpillère, un peloton d'épingles me transperce le cerveau, le moindre bruit, la moindre lumière me fusille le crâne. Inutile d'aller au cabinet d'études. J'absorbe un paquet d'aspirine effervescent avant de percevoir le moindre soulagement."


"Je paie une place et m'installe au bar, j'ai soigné ma tenue que je néglige pourtant depuis que j'ai perdu la foi... jeans, bottines effilées et spencer cintré rouge vif. Je suis seulette, mais pas pour longtemps... Je discute à bâtons rompus avec des rockers d'opérette, en mal d'auditoire, qui m'offrent boissons et cigarettes...
Un petit remue-ménage se produit à l'entrée de la boîte, Johnny T, cheveux en pétard et lunettes noires, teint cireux, pantalon de cuir, fait irruption avec quelques comparses ; dans sa foulée, Isa... décidément, elle prend du grade dans ses relations branchées... Elle se tortille sur quinze centimètres de talons aiguilles, une mini-jupe en skaï rouge met en évidence ses longues jambes gainées de bas résille, elle est suivie par Nico, en perfecto élimé, la démarche chancelante. Leur cortège tapageur, à l'allure sur-lookée, m'arrache un sourire ironique...
Nico m'a aperçue, il m'approche, l'air peu amène :
- T'es venue...
- Désolée de t'avoir désobéi, mais, je comprends mieux la raison de ta réticence, dis-je en désignant Isa du regard.
- Toujours à dramatiser...
- Nous ne vivons décidément plus dans le même monde... C'est bien de changer, mais sans déchoir, sans trahir...
- Les grands mots...
- Aux grands maux, les grands remèdes...
- Je flaire la menace...
- Et tu fais bien...
Il me jette, avant de se sauver :
- Excuse-moi, je suis attendu..."


video


"Elle a arraché son regard de Nicolas, franchi la porte... Dans la rue, des chants religieux sirupeux diffusaient des hauts-parleurs. Elle a essuyé d'un revers de main les grosses larmes accrochées à ses paupières.
Elle a marché vers la camionnette, elle savait que si elle se retournait et levait les yeux aux fenêtres, elle flancherait, et que tout pourrait recommencer...
Mais, elle ne l'a pas fait.
Elle n'était plus sûre de l'amour de Nicolas.
Il l'a regardée partir, assommé. Il a senti flancher son cœur et s'est écroulé dans un fauteuil, submergé par la douleur, réalisant, d'un seul coup, ce qu'avait enduré Béatrice...
Il aurait pu tenter de la rattraper, tout aurait recommencé, ou presque...
Mais, il ne l'a pas fait.
Il a murmuré :
- Je sens que je vais haïr Noël, mon amour...
Il a passé une main tremblante sur son visage moite et blême, puis, a extrait un petit sachet blanc de la poche intérieure de son blouson.
Il saurait bien la faire revenir...
Il a chantonné, la voix cassée :
« ...Feel so cold and all alone
Cause baby, you're not at home
And when I'm home
Big deal, I'm still alone
Feel so restless, I am
Beat my head against a pole
Try to knock some sense
down in my bones
And even though they don't show
The scars aren't so old
And when they go
They let you know
You can't put your arms around a memory
You can't put your arms around a memory
You can't put your arms around a memory
Don't try, don't try... » (Johnny Thunders - You Can't Put Your Arms Around A Memory)

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