samedi

Chapitre 8 - TOO MUCH JUNKIE BUSINESS - extraits...

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"Sur scène, c'est un guitariste lumineux, atteignant des périodes de grâce, il peut gâcher des moments sublimes par quelques passages foutraques. Il balaie l'assistance de riffs somptueux, insistants, sa posture est instable, toujours en rupture, il est prêt à s'effondrer mais tient incroyablement la ligne, repartant de plus belle dans des attaques percutantes, hallucinantes d'efficacité, il chante d'une voix cassée, hésitante, profonde, chargée d'émotions...
Johnny a aligné des morceaux impressionnants que Nicolas me citait au fur et à mesure, « So Alone, Chatterbox, Chinese Rock... ». J'étais honteuse d'avoir, jusqu'à présent, ignoré ce phénomène, moi qui me targuais d'aimer le rock... Bien qu'à y réfléchir, je l'avais déjà entendu, sans savoir que c'était lui...
Cette nuit électrique ne semblait pas s'achever. Le Gibus bourdonnait de décibels et d'effervescence. Je titubais d'épuisement."

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"Je piquais du nez, affaissée dans mon siège, quand une cavalcade dans l'escalier, m'a fait sursauter, suivie d'un tambourinage accéléré à la porte, assorti d'une voix aiguë :
- Béa, Béa ! Ouvre !
Je me suis précipitée pour tomber sur Rachel, essoufflée, qui est entrée en coup de vent en explosant :
- Nicolas, Jérôme... Tous les garçons sont au commissariat !
- Quoi ? Comment ?
- La police a fait une descente au studio d'enregistrement !
- Mais pourquoi ?
- J'en sais rien...
- Je ne comprends pas, comment l'as-tu appris ?
- La nana de Christian m'a appelée, le studio est proche de sa maison, elle a vu la fourgonnette arriver et tout le monde repartir dedans...
- Meeerde... Qu'est-ce qu'on fait ?
- Rien... On attend..."
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"J'entends alors le chien aboyer de l'extérieur... Je me demande pourquoi il n'a pas répondu tout à l'heure... Je cherche à tâtons le commutateur du corridor plongé dans le noir qui s'illumine soudain d'un faisceau jaillissant par l'ouverture du salon. Je n'ai pas le temps d'analyser cette première aberration glaçante qu'une autre me frappe de plein fouet. Une silhouette armée d'un large couteau bondit dans le couloir en crachant d'une voix éraillée :
- Salope ! Je vais te tuer !
A l'extérieur, Jumpy fait un boucan du tonnerre.
Je suis pétrifiée. Mon cerveau a du mal à placer ce délire dans un contexte acceptable, en rapport avec ma réalité... Je ne suis pas programmée pour faire face à ce genre de situation aberrante."
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"Dans une cellule, barricadé, un homme, brun, fatigué, se désespère. Il est assis sur un banc, les coudes repliés au corps, il a pris sa tête dans ses mains et l'agite convulsivement. Des sanglots furieux lui déchirent la gorge... Il craque :
- Bébé, bébé... qu'ai-je fait ?
Son seul chagrin m'atteint, m'envahit. Je ne suis donc pas complètement morte.
Il se lève et secoue violemment les barreaux de sa prison, il hurle :
- Laissez-moi sortir, elle a besoin de moi ! Je le sais, je le sens... Laissez-moi sortir !
Je ne peux rien faire pour soulager sa détresse, mais, le lien qui nous unit est si puissant que je ne peux le rompre... Le temps de m'envoler n'est pas venu. Mon amour, mon jumeau cosmique, évolue dans le monde d'en bas où je n'ai pas encore achevé mon parcours.
Je décide de réintégrer ma carcasse torturée.
Je sais qu'alors, je ne me souviendrai pas totalement de mon voyage à la Porte du Paradis, il est des expériences qui dépassent l'entendement du commun des mortels et qu'il ne peut rapporter. Il n'a pas la capacité de compréhension d'un autre univers... Il n'est pas préparé à côtoyer les anges..."
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"Je ne peux toujours pas m'exprimer et je sens que je vais encore me rendormir, mes paupières papillonnent...

A l'identique, mon père appuie sur le bouton d'appel et me place la pipette d'eau dans la bouche, ce doit être la consigne en cas de réveil...
Une nouvelle infirmière entre et procède aux mêmes vérifications que la précédente. Mon père s'inquiète de mon état léthargique et elle le rassure en lui disant que je réagis bien. Il lui demande si on ne m'administre pas trop de calmants."
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"J'ai fait des efforts pour suivre leur inquiétante conversation. Je crois bien qu'ils ont évoqué Nicolas... J'éprouve une détresse et une impuissance totales. Tout se mélange, Nicolas... mon bébé... Nicolas... François...
Des images m'assaillent, un pan de mon histoire refait surface et une partie du scénario de mon enfance se déroule sur l'écran noir de mes souvenirs..."


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