jeudi

Chapitre 12 - IT'S JUST THAT DEMON LIFE... - extraits...

"Mes larmes dévalent alors que je roule dans les rues familières de Tours. Rien ne semble changé ici, sinon moi... Je me gare en bas de mon appartement et je grimpe l'escalier pleine d'appréhension. Elle est justifiée... La porte d'entrée tient à peine sur ses gonds, elle a été forcée ; pour la tenir bloquée, une planche a été sommairement cloutée, je n'ai pas de mal à l'arracher.
A l'intérieur, c'est la panique... Depuis le couloir, j'ai déjà la vision d'un salon en vrac. De plus près, j'arpente un cataclysme, les fauteuils sont éventrés, répandant leur rembourrage comme de vieux intestins crevés. Les livres et les disques ont volé hors des étagères pour s'éparpiller au sol. Les guitares de Nico sont fracassées, sa Stratocaster chérie gît désarticulée...
Je suis pétrifiée par l'horreur et le chagrin, j'enchaine les pièces sinistrées. Le carrelage de la cuisine est encombré de débris d'assiettes et de verres, de bouteilles cassées, qui finissent d'exploser sous mes pieds, des paquets alimentaires ont été répandus. Le bureau est sens dessus dessous... Les miroirs de la salle-de-bains sont en miettes. Quant à notre chambre, elle est jonchée de vêtements éparpillés, le matelas tailladé a quitté son sommier. Le plateau de la cheminée a été déplacé... Par qui ? Flics ou voyous ? En tout cas, ils avaient fait « chou blanc »... Ces cinglés « d'Heckle et Jeckle » se sont acharnés avec férocité à la recherche de leur dope. L'un des murs est barbouillé d'un gracieux « Fuck ! », en lettres baveuses, ils ont signé leur œuvre..."

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"Deux jours après, je me suis levée tôt, mais pas assez, car endormie au petit matin après un début d'insomnie. J'ai sauté dans un jean râpé, encore flottant, passé un pull, mon blouson de cuir rouge, chaussé mes bottes mexicaines du même ton. J'ai prié mon miroir de me renvoyer une image pas trop vilaine et n'en suis qu'à moitié satisfaite. Mes yeux sont démesurés dans mon visage anguleux. J'ai chahuté les boucles désordonnées de ma coiffure et j'ai filé dans la rue... J'ai couru sur les trottoirs, dérapé sur les bouches d'égout, traversé les voies en négligeant les passages protégés.
Un coup d'œil à ma montre, il est déjà huit heures. Je suis en retard... Plus que deux-cents mètres et, au bout du virage, à gauche, je serai face au mur d'enceinte de la prison. Je débouche, essoufflée, claquant le bitume de mes talons. Là-bas, j'avise la lourde porte en bois, peinte en bleue. Devant, une silhouette sac à l'épaule fait les cent pas en fumant une cigarette. J'accélère, je me rapproche, il m'a vue, il a jeté son sac à terre et s'est précipité. Je ne peux plus arrêter ma course, il ouvre les bras et me reçoit contre sa poitrine. Il m'enserre et pose ses lèvres dans ma chevelure."

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"Nicolas essaie d'accorder une de ses guitares résistantes. Cela prend du temps, les cordes sonnent affreusement faux... et, vu la résonance, je suppose que la caisse est endommagée.
Je suis scotchée derrière la porte, pieds nus sur le dallage froid... J'entends Nico jurer :
- Ça fait chier... Je vais les cramer ces types...
Il lance quelques riffs... et se cale sur «Sway»... Sa voix monte.
Je suis transportée comme le jour de la découverte de « Sticky Fingers », avec Mick, dans la « petite maison »... Je connais les accents et les tonalités de la chanson par cœur, car écoutée mille fois... Sauf qu'à treize ans, je ne saisissais pas la signification des paroles qui, aujourd'hui, prennent tout leur sens et se collent à ma réalité..."
« Ain't flinging tears out on the dusty ground
For all my friends out on the burial ground
Can't stand the feeling getting so brought down
It's just that demon life has got me in its sway
It's just that demon life has got me in its sway
There must be ways to find out
Love is the way they say is really strutting out... »


TEASER présentation + Vidéo...